2e partie : 1928-1932 : Jeunesse d’une fédération en construction
Automne 1928, la jeune FSRSTA s’apprête à vivre son 7e (!) congrès après moins de 2 ans et demie d’existence, et surtout son 1er concours romand d’art dramatique. Et c’est à La Chaux-de-Fonds qu’ont rendez-vous les 27 troupes affiliées à cette toute
01.06.2026
Le no.3 de la Revue de la FSRSTA de mars 29 se fait l’écho de cet événement ; le 6 octobre 1928, ce sont près de 300 congressistes qui déferlent sur la ville horlogère, des chiffres qui font rêver. William Hensler, président, se dit « fier de pouvoir constater que nos sociétés littéraires avaient su enfin se réveiller de leur longue torpeur, et, comme nos plus acharnés ‘sportifs’, avaient trouvé le moyen d’éveiller l’attention sur elles […] » Il est difficile aujourd’hui de s’imaginer le déroulement de ces concours ; sachez simplement que la vingtaine de troupes en concours affrontent le jury le samedi de 13h30 à 18h30 dans quatre salles différentes. Le concours est suivi d’une soirée de gala dès 20h30 avec trois spectacles à l’affiche, et la soirée se conclut sur un grand bal dès minuit! Et le dimanche, me direz-vous ? Assemblée dès 9h30 ! Et notre président de l’époque de se plaindre : « L’assemblée générale ne réunit à la Maison du Peuple que peu de monde, une centaine de membres tout au plus. Il est vrai qu’on avait fourni un gros effort la veille et que l’aube surprit plus d’un danseur !... » Une chose est certaine : les congressistes de l’époque avaient la santé !
Au cours du banquet qui clôturait – comme il se doit – la manifestation, un des orateurs se plaît à souligner que « nos interprètes féminins ont acquis une égalité et une supériorité même marquée. » Il regrette également qu’il n’y ait ni auteur, ni pièce suisse : « Un homme qui voudrait écrire pour le théâtre romand, à l’heure actuelle, mourrait de faim. » Ce congrès de La Chaux-de-Fonds décide notamment que dorénavant les congrès-gala n’auraient plus lieu qu’une fois par an, et que le prochain concours ne pourrait être organisé avant trois ans. La FSRSTA s’installe donc dans un fonctionnement régulier ; rendez-vous en avril 1929 au Petit-Saconnex (GE) ! Revue, bibliothèque et droits d’auteur Le no. 5 de la Revue d’avril 1930 nous relate les débats de ce 8e congrès genevois; des débats qui se concentrent sur les sujets suivants : la Revue « à laquelle on voudrait voir un grand développement », la bibliothèque « très modeste, mais qui elle aussi verra un développement prochain », et enfin les droits d’auteur pour lesquels « il est injuste que les sociétés suisses soient astreintes à payer les droits en francs suisses, alors que les sociétés françaises payent la
La troupe de La Veillée (Genève - photographiée ici en 1924), 1er prix de la Section dramatique mixte (Division supérieure) lors du 1er Concours Romand d’Art Dramatique et Lyrique de La Chauxde-Fonds en 1928.
même somme, mais en francs français. » M. Claude Roland, président de la Fédération internationale, ne cache pas que « la situation s’est singulièrement aggravée par le fait du commerce de l’achat des privilèges d’auteurs ». Malgré tout, il semble que le travail de fond de la FSRSTA sur les tarifs des droits d’auteur ait porté ses fruits puisqu’on peut lire dans la Revue no.4 : « Le nouveau tarif de droits d’auteurs fait une telle différence entre les sociétés fédérées et celles qui ne le sont pas, que vous ne devez pas attendre plus longtemps à faire partie de la FSRSTA. ». Cotisation 1930 : Fr. 20.--, ce qui équivaut à env. Fr. 180 à 200.— d’aujourd’hui. Un 5e numéro de la Revue est publié en décembre 1930 ; outre le compte-rendu du congrès de Vevey, on y trouve l’annonce du 2e concours romand d’art dramatique et lyrique qui est programmé du 17 au 19 avril 1931 à Lausanne. Le règlement, publié in extenso, voit la chasse aux professionnels se durcir ; outre la menace de disqualification, on apprend que « le nom de la société disqualifiée sera publiée au bulletin officiel de la fédération, et la société sera exclue des concours internationaux et romands pendant cinq ans. » On ne badine pas avec le respect de l’amateurisme ! Un 2e concours à Lausanne La revue no. 6 d’octobre 31 se fait l’écho de ce 2e concours. Grande nouveauté, les prestations des troupes en concours sont désormais ouvertes au public. Malgré de « pressants appels par voie de la presse », le public n’est malheureusement pas tellement au rendez-vous. Et notre chroniqueur – M. Heidenreich, vice-président – de lâcher : « Ah ! s’il s’était agi d’un match de boxe ou d’un concert de jazz ! » Il poursuit par cette
Paru dans N° 2/2026 — juin, page 14.