Les jeunes années d’une fédération
au travers de sa Revue
01.06.2026
pique à l’attention de certaines sociétés : « J’ai entendu dire que plusieurs sociétés […] qui s’étaient retirées à la dernière heure, l’avaient fait parce que les pièces imposées étaient trop difficiles à rendre dans de bonnes conditions. Mais c’est la raison même de nos concours. A quoi bon les organiser si l’on joue dans les mêmes conditions qu’aux soirées annuelles, en présence d’un public d’amis et de parents ! » On ne peut que l’approuver ! Cette Revue no. 6 se conclut sur l’annonce du prochain congrès les 30 avril et 1er mai
1932 à Martigny. Objectif déclaré : « Inciter de nouvelles sociétés valaisannes à faire partie de la Fédération romande. » Martigny, ou les protestants en goguette Que dire de ce congrès de 1932 ? Le no 7 de notre Revue publié en juin 32 nous relate un congrès bien sage organisé par la troupe du Masque, fidèle à la tradition avec son gala du samedi soir présentant quatre pièces et suivi du traditionnel bal, et avec son assemblée du dimanche matin suivie du banquet officiel avec force discours assurés par diverses personnalités. Alors, me direz-vous ? Pourquoi s’y arrêter ? Eh bien, comme on dit au football ou au rugby, c’est lors de la 3e mi-temps que le match s’est joué… Laissons la parole au chroniqueur de l’époque, un certain Victor Dupuis : « Et c’est la fin. Tout le monde est unanime pour louer cet excellent banquet […]. Le congrès est officiellement terminé. La partie officieuse allait commencer. La partie la plus mouvementée et la plus « formidable » (pour employer une expression qui à force d’être répétée, ne veut plus rien dire, mais comme c’est un cliché il faut bien en user) fut, sans doute […] la visite bruyante de la cave Orsat. Je ne sais si tous ceux qui eurent la joie de descendre dans ces catacombes accueillantes, où coulent des vins généreux et capiteux, en ont conservé un souvenir bien précis et très exact. J’avoue, pour ma part, n’en conserver qu’une vision assez vague (quel aveu !). Je revois une longue table où s’alignent des verres remplis d’un vin doré. Autour s’agitent une foule de gens, des dames et des demoiselles évidemment charmantes (cliché, mais c’est la vérité) des messieurs déjà forts gais et qui discutent…, qui discutent… je ne sais plus de quoi. D’autres chantent déjà, heureux de vivre. Et j’entends surtout un bruit infernal du côté du « carnotzet » (ici, pour les profanes, je dirai que le « carnotzet » est une sorte de
sanctuaire où les privilégiés qui peuvent y entrer ont le bonheur de déguster des vins dits « flétris » qui ont tôt fait de tourner la tête à l’envers et les cœurs… à l’endroit). Je m’y précipite. On se battait pour y entrer. Ceux qui étaient dedans ne voulaient plus en sortir (n’est-ce pas, cher président !). L’anarchie la plus joyeuse régnait. Je ne sais pourquoi je pensais alors aux vers de Baudelaire : Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles, Homme, vers toi, je pousse, ô cher deshérité Un cri plein de lumière et de fraternité Je me demandais, à part moi, si ce n’était pas un peu ces cris que lançaient tous ces congressistes… Et j’imaginais très bien, dans mon imagination vagabonde, Rabelais, Villon, Verlaine, Baudelaire, Rimbaud, Musset, présidant à cette fin de fête. Mais, au dehors, pour ne pas déroger à une tradition qui, paraît-il, tend à s’établir (J. Kirschmann dixit), chaque fois que notre cher président M. Claude Roland (ndlr : président de la fédération internationale) s’en vient en Suisse, au dehors dis-je, il pleuvait… Et j’entends encore mon ami murmurer les vers de Verlaine: Il pleure dans mon cœur Comme il pleut sur la ville Quelle est cette langueur Qui pénètre mon cœur ? Peut-être de la « Malvoisie flétrie », lui disje…, et je l’emmenais vers la lumière… […] Le reste appartient à l’histoire anecdotique. Et le XIe congrès de la FSRSTA est entré ainsi dans le champ immense des souvenirs. Mais comme dit le poète Henry Bataille : Les souvenirs, ce sont des chambres sans serrures Des chambres vides où l’on ose plus entrer… Alors chut ! Laissons-les dormir, ces souvenirs, évoquons-les parfois discrètement et regardons l’avenir vers le XIIe congrès et vers le prochain concours. » Manifestement, à lire ces lignes, les très sérieux protestants des troupes genevoises, vaudoises, neuchâteloises et du Jura bernois, qui constituaient à l’époque l’essentiel de la FSRSTA, étaient tombés dans le piège de l’art de vivre valaisan...!
Jacques Maradan
Dans le prochain numéro : 1932-1935 : Entre congrès et concours, une fédération en phase de consolidation
A gauche: Charles Duboule, trésorier de la FSRSTA, organisateur avec sa troupe de la Jeunesse Littéraire du PetitSaconnex/GE du VIIIe Congrès de la FSRSTA en avril 1929.
A droite: Adrien Darbellay, président de la troupe du Masque de Martigny, organisatrice du XIe Congrès de la FSRSTA les 30 avril et 1er mai 1932.
Paru dans N° 2/2026 — juin, page 15.