«Notre rôle ? Soutenir les troupes pour qu’elles puissent trouver les moyens d’aller là où elles ont envie d’aller.»
Pages spéciales 100e anniversaire
01.06.2026
ECJ ● Chère Natacha, cela fait presque 25 ans que tu as intégré le comité central de la FSSTA, tout d’abord comme déléguée neuchâteloise, puis vice-présidente, et enfin présidente depuis 2009. Qu’est-ce qui t’a motivée pour t’engager à ce point en faveur du théâtre d’amateurs ? Je me rappelle Janine Constantin Torreblanca lançant un appel (désespéré) en 2002 pour un·e délégué·e Neuchâtel supplémentaire. J’avais envie de participer, cette FSSTA me fascinait un peu, le fait que là devant moi étaient assises des personnes de tous les cantons romands m’attirait. Et puis ça s’est enchainé, j’ai pris un ou deux projets en charge, la vice-présidente en place est partie et Jean-Paul Oberson, alors président, m’a proposé le poste. J’aimais le potentiel de cette fédération, je voyais tout ce qu’on pouvait faire, et pour pouvoir faire, il faut avoir les manettes dans les mains, j’ai donc accepté. La présidence, c’est une autre histoire. Lorsqu’une petite délégation est venue me recruter, chacun·e à tour de rôle, j’ai été très surprise, je ne comprenais pas qu’on m’imagine à ce poste; j’ai toujours été une «faiseuse» bien plus qu’une diplomate. Je n’avais pas la connaissance de Jean-Paul ou de certaines personnes en place au comité, et j’avais une vie professionnelle qui rendait hors d’atteinte le nombre de 180 spectacles par an que Jean-Paul allait voir. L’équipe m’a fait prendre de la hauteur, penser en dehors du cercle que j’avais mentalement tracé, et m’a convaincue que toutes les présidences ne sont pas identiques, que je pouvais dessiner la mienne. J’ai dit oui. Et je suis encore là, parce que j’aime ça, et parce que les gens. Les structures sont nécessaires, on ne consacre toutefois pas vingt-cinq ans de sa vie à une structure, on le fait pour les valeurs qu’on veut transmettre, pour les personnes qu’on y rencontre, pour les projets que l’on construit ensemble, pour ce qu’on peut apporter. Le théâtre d’amatrices et d’amateurs rassemble des gens qui n’auraient souvent aucune raison de se croiser ailleurs. Et ces gens réussissent à créer quelque chose ensemble. Quelque chose de beau. Et j’aime ça, profondément. Cette culture populaire, je l’aime pour de vrai. La culture n’appartient pas qu’à une élite, elle peut et doit être partout. ECJ ● Tu es la première femme à assumer la présidence de notre fédération. Est-ce que cette problématique de la représentativité féminine a joué un rôle dans ton choix ?
Ça ne m’a même pas traversé l’esprit. Je m’en suis rendu compte il y a seulement quelques années. Toutefois, avec le recul, si ça doit avoir une importance symbolique, tant mieux. Si cela a pu ou peut encourager d’autres femmes à se lancer, à s’engager, alors j’en serai heureuse. Et qu’ensemble on puisse faire en sorte d’arriver au jour où cette question n’intéressera plus personne. ECJ ● Une de tes principales réalisations au cours de ces années de présidence est sans doute la création du Prix FSSTA dont la 8e édition vient de se dérouler. Quels étaient les motivations pour la création de ce concours ? Et quel regard portes-tu sur ces presque dix ans de compétition amicale ? Je crois que ce que je voulais avant tout c’était un prétexte pour organiser une fête! Une fête romande, une fête FSSTA, une fête du théâtre. Au départ, il y a eu le constat qu’il existe des concours chez toutes nos fédérations sœurs de langues latines, et je me suis demandé si nos troupes seraient intéressées par un tel format. Nous avons fait un sondage, un grand nombre de troupes a répondu oui à l’organisation d’un concours annuel. La suite appartient à l’histoire. Ce prix, c’est surtout et avant tout, une occasion de rencontre. De rencontre artistique, là, les troupes partagent ce qu’elles créent. C’est leur permettre de présenter leur art ailleurs, dans un beau vrai théâtre (toutes les compagnies n’ont pas cette chance), à un autre public, qui lui aussi a ainsi l’opportunité de découvrir des spectacles qui viennent de loin. A force de voir des spectacles un peu partout, j’avais envie de cet échange et de ce cadeau, également pour nous FSSTA. C’est aujourd’hui un événement important du calendrier de notre fédération et j’aime encore, comme au premier jour, voire plus, l’organiser et vivre ces deux jours extraordinaires, où le lien par et pour le théâtre rend tout plus fort. ECJ ● Au niveau national, la faîtière « Théâtre Amateur Suisse » (TAS) vient d’être constituée, regroupant les fédérations des quatre régions linguistiques. Le théâtre populaire suisse allemand et le théâtre d’amateurs suisse romand ont-ils vraiment un avenir commun ? Peut-on trouver un chemin et dépasser nos différences ? Bien qu’il faille une volonté de fer, et des moyens que nous n’avons pas toujours, pour arriver à un équilibre dans un tel regroupement, nous avons la chance de vivre dans un
pays qui fait cohabiter plusieurs cultures et plusieurs langues. Et à chaque fois que nous créons un lien entre des personnes qui ne se seraient pas rencontrées autrement, entre des mondes qui sont, il faut le dire, bien différents, nous gagnons. L’ouverture, la découverte, les amitiés aussi, qui naissent de ces regroupements sont précieuses pour l’art, la culture, et contribuent à l’harmonie de tout notre pays, puisque les bienfaits s’immiscent dans toutes les couches de notre société. A y travailler depuis plusieurs années maintenant, je dirais que c’est un projet qui procure tout l’éventail des émotions, en particulier la colère et la joie. ECJ ● La FSSTA vient de célébrer son 100e anniversaire lors de son congrès de Bulle le 25 avril dernier. Quels sont les défis que notre fédération devra relever dans l’avenir ? La création du TAS est certainement l’un des grands défis qui nous attendent. Le projet avance, mais il demande beaucoup d’énergie et les équilibres sont délicats à trouver. La FSSTA devra faire preuve de souplesse, mais aussi de fermeté, en gardant toujours en tête
Paru dans N° 2/2026 — juin, page 16.