Se rendre au contenu
Parole

Bastien Fournier

INTERVIEW VAGABONDE A la découverte de nos auteurs contemporains...

01.03.2026

Bastien Fournier

Né en 1981, originaire de Nendaz, Bastien Fournier a grandi à Fully et suivi ses études à Paris, obtenant une maîtrise de lettres classiques de l’université Paris IV - Sorbonne. Il est l’auteur de romans, de récits et de pièces de théâtre (L’Examen, éd. Infimes, La Suppliante et autres textes, éd. Lansman). Agrégé de lettres classiques, il enseigne également le latin, le grec et le français dans différents collèges et lycées, dont le collège de Saint–Maurice (Valais, Suisse), puis, en France, dans plusieurs établissements de la ville de Sens, où il vit. Il est lauréat, notamment, du prix culturel de la Ville de Sion en 2006 et du Prix d’encouragement culturel de l’État du Valais en 2012.

ECJ ● Qu’est-ce qui vous a amené à l’écriture théâtrale ? Je suis arrivé au théâtre par l’écriture, à l’adolescence. J’avais l’impression que cette forme était particulièrement à même de permettre un partage du texte et de l’expérience littéraire. Je pratique également des formes de fiction plus personnelles, mais le théâtre est par essence tourné vers les autres. Il est aussi très beau. ECJ ● Que représente le théâtre pour vous ? Le théâtre m’a accompagné tout au long de ma vie d’auteur, soit par l’écriture, soit par mes autres activités comme celles de traducteur ou d’analyse de textes. Mes travaux universitaires s’intéressent à la tragédie grecque et à ses réécritures contemporaines. C’est pour moi, par excellence, le type d’écriture de l’échange et de la rencontre, dans des domaines différents. Les acteurs dialoguent en scène, ils dialoguent avec le public, les textes dialoguent entre eux. C’est ce dialogue multiforme que le théâtre représente à mes yeux. ECJ ● Quels auteurs sont des exemples pour vous ? A contrario, y a-t-il des auteurs dont vous n’appréciez pas du tout le travail ? Certains auteurs me parlent davantage que d’autres, évidemment. Ce sont ceux qui font du théâtre un univers poétique et qui usent le plus du langage dramatique pour créer les images. J’aime que le théâtre soit le lieu de la poésie et l’endroit de sa réalisation. C’est clairement le cas dans la tragédie grecque, et ce sont les textes que je fréquente le plus, y compris dans leurs réécritures ultérieures. Cela n’empêche pas que des poétiques

plus réalistes et plus contemporaines puissent aussi m’intéresser. J’ai beaucoup aimé, un temps, les pièces d’Ibsen. ECJ ● Avez-vous des thèmes qui vous tiennent à cœur ? En pensant aux pièces que j’ai écrites je m’aperçois qu’il y a des thèmes récurrents, l’impression de solitude des personnages, celle de ne pas avoir sa place. La recherche de l’amour et de la reconnaissance des autres. Ça parle aussi de violence, des femmes, de la maternité. Et de la transmission. Il y a également un mystère inhérent au personnage de théâtre, dont on ne sait que ce qu’il dit et qui invite à la réflexion et à l’enquête pour approcher de ce qu’il y a derrière le texte. Cela rapproche le théâtre du roman policier, un genre que j’affectionne. ECJ ● Pour qui écrivez-vous ? Pour moi, sans doute, pour les actrices et les acteurs, pour les spectateurs. Il m’est arrivé d’écrire pour une metteure en scène en particulier, Marine Billon, et de collaborer dès la première rédaction du texte. Ça a été mon expérience d’écriture la plus aboutie, la plus efficace et la plus théâtrale, parce que l’écriture dramatique a besoin d’une très nette conscience de la scène, que je n’ai pas toujours. ECJ ● Lorsque vous découvrez votre texte joué par des comédiens, quels sentiments cela déclenche-t-il chez vous ? Comment un auteur vit-il le passage du texte à la scène ? C’est une immense responsabilité. Les artistes, le metteur en scène, les acteurs, les financeurs, la direction du théâtre, tout le monde s’expose et se met en danger lors d’une production

Paru dans N° 1/2026 — mars, page 10.