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Parole

Interview vagabonde

01.03.2026

Interview vagabonde

théâtrale. Tout ne repose pas sur le texte et l’histoire, mais quand même pas mal de choses. Le sentiment qui domine est celui de la peur de décevoir, de la peur de s’être trompé et d’avoir emmené toute une équipe dans son sillage. Mais c’est aussi une merveille de voir s’animer le texte qu’on a imaginé. ECJ ● Comédiens amateurs ou professionnels, cela a-t-il une importance pour vous ? Ce qui importe c’est l’intensité qu’un artiste met dans son travail, la profondeur de sa recherche, sa rigueur, la précision, la vérité d’un regard, d’un geste, d’une phrase, l’épaisseur d’un silence. Cela suppose une implication très forte de l’acteur. C’est une affaire d’engagement, aussi de formation, mais pas de fiche de salaire ni de statut professionnel. ECJ ● Etes-vous très regardant au moment d’accorder les droits de jouer vos textes ? Vous est-il déjà arrivé de dire non à une troupe ou à un metteur en scène ? Chaque spectacle est une aventure. Il m’est arrivé, assez rarement, de renoncer à une production, mais jamais du fait de la personnalité du metteur en scène ou des acteurs. C’était plutôt une affaire d’aboutissement du texte. J’avais l’impression qu’il n’était pas prêt et j’ai préféré ajourner. Je suis regardant sur ma partie, c’est-à-dire sur le texte. Mais dans le meilleur des cas, le texte comme la mise en scène sont une co-création de l’auteur et du metteur en scène. C’est un compagnonnage du début à la fin du travail, et il n’y a pas de raison de juger celui de ses partenaires puisque on en est coresponsable. ECJ ● Un auteur dramatique a-t-il des fantasmes par rapport à son travail, ses textes ? Par exemple, rêvez-vous d’être joué dans un théâtre prestigieux ? ou qu’une de vos œuvres soit montée par un metteur en scène de renom ? Jusqu’ici j’ai eu de la chance. Tous mes textes, du moins tous ceux qui étaient aboutis, ont été créés et publiés, certains ont été traduits. Tous ont eu leur vie dramatique et scénique. Ils m’ont fait voyager, au sens concret et symbolique. Donc pas de fantasme à ce propos, mais un désir, peut-être, que les pièces soient reprises dans d’autres mises en scène, qu’elles poursuivent leur chemin qui s’arrête un peu trop tôt. J’ai le sentiment qu’elles ont encore des choses à dire. ECJ ● Que représente le théâtre amateur pour un auteur dramatique tel que vous ? J’ai peu collaboré jusqu’ici avec le théâtre amateur, à l’exception d’un groupe de théâtre que j’ai piloté quelques années dans un collège, et pour lequel il m’est arrivé d’écrire des

textes. Je suis disposé à le faire encore et à répondre à des commandes. Cela ouvre des horizons, et c’est toujours excitant de travailler pour un projet concret. Je n’oublie pas non plus que certains très grands auteurs de théâtre ont écrit pour des amateurs et que c’est de là aussi que viennent les innovations et les libertés d’un théâtre moins directement dépendant de ses sources de financement. ECJ ● Ecrire des pièces de théâtre : cela nourrit-il son homme (ou sa femme) ? Si non, comment faites-vous bouillir la marmite ? Je suis un peu ce qu’on appelait anciennement un homme de lettres dans le sens où c’est la littérature qui a conditionné l’essentiel de mes choix personnels et professionnels. Ma principale source de revenu est l’enseignement. Mes activités quotidiennes sont l’écriture et la lecture sous toutes leurs formes, travaux universitaires, romans, articles, etc. C’est la littérature la marmite. Elle doit bouillir, pas faire bouillir, même si le travail d’écriture mérite comme tout autre son salaire. ECJ ● On vous donne les pleins pouvoirs pendant 24 heures : quelle est la première décision que vous prendriez ? Je n’en ai aucune idée. ECJ ● On vous donne la possibilité de ressusciter une personnalité de votre choix que vous souhaiteriez rencontrer : qui choisiriez-vous ? Et pour lui demander quoi ? Ce qui est merveilleux, avec le théâtre et la littérature, c’est que par la lecture et la répétition ils continuent l’ancien dans notre modernité. En lisant et en écrivant c’est tous les habitants du continent de la littérature que nous fréquentons, et sur ce continent le temps n’a pas cours. C’est une activité qui défie les siècles et qui transcende les limites de notre humanité. C’est pourquoi elle est indispensable. A chaque fois que nous lisons un texte nous en ressuscitons l’auteur. (ECJ - Février 2026)

Bastien Fournier

Bibliographie théâtrale

• La Suppliante et autres textes, Lansman, 2016, contenant :

La suppliante (2 versions) - Une jeune exilée et son enfant cherchent un refuge pour passer la nuit. Une femme âgée les accueille chez elle mais la fille, de cette dernière, jalouse prétend chasser cette intruse... 20 pages, 4 comédiens, 3 comédiennes

Phaidra - Un veuf, père d’un adolescent épouse en secondes noces une femme plus jeune que lui. A son décès, sa nouvelle épouse s’éprend ou croit s’éprendre de son fils. Un comédien, une comédienne. 13 pages.

Les Africaines - La reine Didon s’éprend d’un bel étranger échoué sur ses côtes. Mais cet homme n’a pas pour vocation de demeurer près d’elle. 16 pages. 3 comédiennes.

Une femme sur un balcon - Alors que les années ont passé, une policière éprouve le besoin de se pencher à nouveau sur une enquête... 14 pages. 2 comédiennes.

• Sur un pont par grand vent, Lansman, 2016

Quelque part dans un village ou une petite ville traversée par un fleuve, six personnages racontent et se racontent. Petit à petit, une évidence s’impose : leurs destins se croisent dans une même histoire. Une jeune femme cherche à connaître les zones d’ombre

de son passé. Qu’est-il arrivé à sa mère (qu’elle n’a jamais connue) assassinée dans une maison de sœurs hospitalières alors qu’ellemême était encore au berceau ? Au fil des rencontres, la vérité surgit. Les voix se mêlent. Une vieille femme explore les méandres de sa mémoire ; la tragédie peut se dévoiler. 39 pages. 3 comédiens. 4 comédiennes.

• La Ligne blanche et Genèse 4, faim de siècle, 2006, contenant :

La Ligne blanche (monologue) : L’épouse d’un footballeur voit son existence dévorée par la réussite de son mari. Elle l’aime : un drame.

Genèse 4 : Un homme assassine son frère et s’enfuit. Les années passent. De retour vers son pays natal, il retrouve sa famille. Inspirée d’un des textes fondateurs de la culture occidentale, Genèse 4 retrace l’histoire du meurtre d’Abel par Caïn. 2 comédiennes. 2 comédiens.

• Traduction : Les Troyennes d’Euripide, traduit du grec par B. Fournier, L’Aire, 2019

Paru dans N° 1/2026 — mars, page 11.