Interview vagabonde
01.09.2025
ECJ ● Comédiens amateurs ou professionnels, cela a-t-il une importance pour vous ?
Le spectacle La soupe au(x) caillou(x), une création collective de Pan! (la compagnie) (Thibaut De Coster, Julie Annen et Charly Kleirnermann). © Eric Bellot
Je crois qu’être jouée me touche, peu importe qui joue. C’est vrai qu’être lue ou interprétée par une « star » ça flatte l’ego mais ça passe vite. Tandis que lorsqu’une troupe de théâtre amateur choisit un de mes textes, je suis très émue, car ça veut dire que les mots ont su trouver un chemin au delà de l’entre soi du milieu professionnel. Et ça, ca donne une profondeur et un sens à la démarche d’écriture.
ECJ ● Etes-vous très regardant au moment d’accorder les droits de jouer vos textes ? Vous est-il déjà arrivé de dire non à une troupe ou à un metteur en scène ?
Je deviens un peu plus E depuis quelques temps… j’ai eu de mauvaises surprises, donc je suis plus vigilante sur les adaptations. Je ne veux pas qu’on dénature le sens de ce que j’écris. Mais je n’ai jamais refusé à quiconque l’autorisation de monter un de mes textes.
ECJ ● Un auteur dramatique a-t-il des fantasmes par rapport à son travail, ses textes ? Par exemple, rêvez-vous d’être joué dans un théâtre prestigieux ? ou qu’une de vos œuvres soit montée par un metteur en scène de renom ?
Je ne peux pas répondre pour tous les auteurs dramatiques. Pour ma part je crois que j’écris ce dont j’ai besoin ou envie et que la suite ce n’est que du bonus. Mais, si je suis honnête, c’est quand même vraiment grisant quand un de mes textes est monté dans une grande salle ou joué par une personnalité reconnue par la profession.
ECJ ● Que représente le théâtre amateur pour un auteur dramatique tel que vous ?
Comme beaucoup de gens dans ce métier, j’ai commencé dans une troupe amateure. J’ai donc toujours du plaisir à y travailler. C’est très gratifiant d’accompagner des projets qui tiennent essentiellement sur la passion de ceux qui les réalisent. J’aime partager ce quotidien d’efforts partagés juste pour le plaisir.
ECJ ● Quelques anecdotes par rapport à votre travail d’auteur ?
Mes plus belles anecdotes ont eu lieu en résidence… ma toute première résidence était à Mariemont en Belgique. Dans la petite maison il y avait le coffret collector des 50 ans de la Warner: je me sentais tellement coupable d’enchaîner les films et de procrastiner que je n’ai jamais écrit aussi vite…
ECJ ● Portrait chinois : Si vous étiez… (et accessoirement pourquoi ?)
- un animal ? Un tardigrade parce que cet animal me met la joie au cœur…
- une ville ? Bruxelles, ma ville de coeur
- un livre ? En ce moment « l’art de la joie » de Goliarda Sapienza
- un personnage de théâtre ? Phèdre ou Médée pour la passion plus que pour les rapports familiaux un poil complexés…
- une pièce de théâtre ? «Herakles 2 ou l’hydre dans Ciment» de Muller
ECJ ● Ecrire des pièces de théâtre : cela nourrit-il son homme (ou sa femme) ? Si non, comment faites-vous bouillir la marmite ?
- une chanson ? «The rest of my life» de Prince
J’ai la chance de faire aussi de la mise en scène. C’est plutôt ce pan là qui fait bouillir la marmite mais l’écriture met clairement du beurre dans les épinards. Ça y est, j’ai faim.
- une boisson ? De l’eau… parce que l’eau vive, parce qu’il faut se méfier de l’eau qui dort et parce que l’eau ferrugineuse…
- un plat ? Les spaghetti bolognaise de mes anniversaires d’enfance
- une émotion ? Je voudrais être la joie mais ce serait sans doute un brin mentir… je suis aussi un peu colère, souvent tristesse avec un goût de nostalgie qui me file le dégoût.
- un plaisir ? Un fou rire avec mes amis.
ECJ ● On vous donne les pleins pouvoirs pendant 24 heures : quelle est la première décision que vous prendriez ?
De les rendre immédiatement!
ECJ ● On vous donne la possibilité de ressusciter une personnalité de votre choix que vous souhaiteriez rencontrer : qui choisiriez-vous ? Et pour lui demander quoi ?
Mon père… juste pour le serrer dans mes bras encore une fois…
(ECJ - Juillet 2025)
Paru dans N° 3/2025 — septembre, page 13.