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Parole

«La Biennale? une réussite du vivre-ensemble que nous envient nos amis Wallons et Flamands...»

Pages spéciales 100e anniversaire

01.03.2026

«La Biennale? une réussite du vivre-ensemble que nous envient nos amis Wallons et Flamands...»

ECJ ● Cher Jean-Paul, tu totalises plus de 50 ans d’activité dans le théâtre amateur, domaine dans lequel tu as exercé différentes fonctions, tant au niveau local, régional, national, voire international. On peut donc dire que tu possèdes une certaine expertise en la matière. Quel regard portes-tu sur l’évolution du théâtre amateur depuis un demi-siècle ?

de ce que les associations offrent en matière de perfectionnement et particulièrement de ce que fait la FSSTA dans ce domaine. Mon regard se fait un peu plus critique face aux troupes qui jouent l’ambivalence des « nonprofessionnels » statut défendu par l’AITA, il y a quelques années et qui a poussé la FSSTA à démissionner de cet organisme mondial.

Voilà dix-sept ans que j’ai quitté la présidence de la FSSTA et de ce fait que je ne côtoie plus que le théâtre d’amateurs de mon environnement. Mon regard sera donc basé sur ce qui m’est le plus proche.

Enfin, mon regard se fait louangeur face à l’énergie, à la disponibilité, à l’inventivité et la créativité que les membres du comité de la FSSTA déploient dans la recherche et la concrétisation de nouveaux projets en faveur des troupes. Admiration encore pour la manière dont sont menées les tractations avec la Confédération.

En 1971, c’est « La Cruche » de Courteline jouée en marge d’un concert d’enseignants, en 1975 c’est la création de la Troupe Théâtrale de la Tour-de-Trême autour de « L’équarrissage pour tous » de Boris Vian, avec des décors de l’artiste Daniel Savary et une affiche de Martial Leiter. Ce seront ensuite Les Tréteaux de Chalamala pour jouer dans « Don Quichotte » d’Yves Jamiaque et ses 107 personnages interprétés par 47 actrices et acteurs.

Ce long préambule (trop long !) pour dire que ce que j’ai vécu, à savoir : projet éphémère plus ou moins corporatiste, envie de créer une troupe où vont se côtoyer toutes classes sociales, pour monter des pièces d’auteurs contemporains ou adhésion à une troupe bien établie pour des projets d’envergure, tout cela est encore d’actualité. C’est donc un regard reconnaissant que je porte sur ce demi-siècle écoulé où j’ai vu beaucoup de nouvelles troupes se créer dans la volonté de mener un projet culturel, entrepris par des gens de toutes provenances, de tous milieux sociaux et tous âges. C’est donc un regard admiratif que je porte sur ce que le théâtre d’amateurs a su garder en matière de vivreensemble et de cohésion sociale. Le besoin de se rencontrer pour arriver à un résultat commun est là. Ce besoin est aussi visible par le nombre des festivals, (Rencontres théâtrales, Biennales, Prix FSSTA, Chisaz, Festival de la Tour-en-Scène etc…) qui sont mis sur pied par des bénévoles. Evidemment, le besoin de se dépasser a amené les actrices et acteurs à vouloir se perfectionner en suivant des cours. Là aussi, je suis admiratif

ECJ ● Dans l’histoire du théâtre amateur de notre pays, vois-tu des étapes-clés à mettre en évidence ?

Il est évident que la création en 1926 de la Fédération Suisse Romande des Sociétés Théâtrales d’Amateurs, la FSRSTA qui deviendra la FSSTA, est l’acte fondateur d’une visibilité du théâtre d’amateurs en Suisse romande. La création des associations de Suisse alémanique (ZSV), de Suisse italienne (FFSI) et de Suisse romanche (BVV-UTPAGT) amènera à un Traité d’amitié des régions linguistiques de Suisse en 1991. Je pense que c’est l’embryon de ce qui est devenu « TAS » et si je dis embryon, c’est que je sais comment l’accouchement en fut difficile.

ECJ ● En 1991, tu as participé, en tant que président de la FSSTA, à la mise en place de cette « utopie » que constituait la Biennale suisse du théâtre d’amateurs. Nous allons cette année vivre une nouvelle édition de cette manifestation qui se tiendra dans les Grisons. Alors, la Biennale, un succès ou un malade sous perfusion ?

Née l’année de l’utopie, choisie pour fêter les 700 ans de la Confédération, la Biennale est, pour moi, clairement un succès. En effet, depuis 1994, il y a eu, tous les deux ans, une Biennale, selon un tournus linguistique, soit 16 éditions. C’est génial de pouvoir faire se rencontrer quatre langues, quatre cultures en donnant les mêmes droits à

chacune bien que les apports financiers soient différents. Certes, il faut à chaque fois mobiliser beaucoup d’énergie, trouver des compromis pour s’adapter aux réalités locales mais à chaque fois, c’est une réussite du vivre-ensemble que nous envient nos amis Wallons et Flamands. Comme dans notre pays qui réunit des cultures différentes, on rencontre aussi des mouvements qui prônent le repli identitaire et qui peuvent être des obstacles à ces réalisations communes, mais je parie que le Traité d’amitié et « TAS » seront les forces nécessaires à la continuation de cette belle utopie. Maintenant que nous avons des pages en italien et des pages en allemand dans notre « Entre Cour et Jardin », chose que certains trouvaient utopique, nous pouvons croire que s’entendre sans toujours se comprendre est possible. !

ECJ ● Comme tu le sais, la Confédération, par le truchement de son Office fédéral de la Culture, pousse fortement nos fédérations des quatre régions linguistiques à collaborer le plus étroitement possible, voire à fusionner. A ton avis, est-il possible de faire abstraction de nos différences et de trouver un chemin commun ? Ou sommes-nous plutôt en train de vivre le scénario du mariage de la carpe et du lapin ?

Epineuse question et, même si l’animal de l’année est le hérisson, on ne peut ni se

Paru dans N° 1/2026 — mars, page 14.