Les jeunes années d’une fédération
au travers de sa Revue
01.03.2026
Un 2 e bulletin est malgré tout publié six mois plus tard, en avril 1928. Mais – ô surprise – l’intitulé a changé ; de « bulletin », la publication est devenue une « revue », dotée de 12 pages. C’est en fait un remake du bulletin no.1 plus étoffé, avec une reprise améliorée de la première présentation de la genèse de la FSRSTA, ainsi qu’un compte-rendu du congrès de septembre 27 à Nyon. Pour l’anecdote, citons un passage de ce compte-rendu relatant le discours du directeur de l’enseignement de la Ville de Nyon : « Il prononce des paroles pleines d’encouragement à tous ceux qui pratiquent le théâtre, surtout en ces temps où l’abus des sports tend à nous submerger, où l’on voit des milliers de gens dépenser des millions pour assister à un combat où deux êtres se cognent la figure. C’est le genou qui se substitue de plus en plus au cerveau. Cultivez de plus en plus le noble art dramatique, conclut l’orateur, car il est fait de tact, de mesure et de bon goût. »… On peut se demander si beaucoup de choses ont changé en un siècle… Cette première revue reprend également un article d’un certain Georges Barré, publié dans le Journal du Jura de l’époque, qui exprime ainsi sa vision du théâtre d’amateurs (pas très éloignée de la réalité d’aujourd’hui) : « Mais si l’art du théâtre est l’un des plus populaires, c’est aussi l’un des plus difficile. Il pose à l’amateur un nombre considérable de problèmes dont il ne se tire souvent qu’au prix de gros efforts : problèmes d’interprétation, de dictions, de gestes, de mise en scène, problème du choix des pièces à représenter surtout, qui occasionne tant de méprises ; problèmes des droits d’auteur enfin sur lequel si peu d’amateurs sont au clair. ». L’article se termine sur ces propos : « Le véritable intérêt de notre race – toute question administrative
mise à part – est du côté de la latinité. » Apparemment, la question jurassienne était déjà d’actualité en 1928… Vers un premier concours romand d’art dramatique Le no. 2 de la revue de la FSRSTA sort de presse en septembre 1928. Il relate notamment le Concours international d’Art dramatique de Strasbourg qui s’est tenu en mai 28 : 16 e congrès et 11 e concours international de la FISTA, Fédération international des sociétés théâtrales d’amateurs. Les chiffres évoqués nous laissent rêveurs : une fédération représentant plus de 40’000 membres, 70 compagnies totalisant 500 comédiens en lice lors du concours… Ce numéro relate également le 6 e congrès de la FSRSTA organisé à Aigle en avril 28, et se fait l’écho des propos de M. Claude Roland, président de la FISTA. Florilège : « Et pourtant [l’art dramatique], tout en développant l’esprit, la tenue et le langage de l’amateur […] ne donne-t-il pas au public de nos salles de spectacle de saines jouissances artistiques, parfois même d’excellentes leçons de morale ? Et tout cela contraste agréablement avec ces exhibitions, genre exotique, où les us et coutumes des noirs sont très en faveur, disons même à l’ordre du jour… Je ne veux pas médire des dancings… du jazz… ni de Mademoiselle Joséphine Baker… Il paraît que la race blanche ne se porte pas beaucoup dans le monde, cette saison, et que la mode est au noir… Cependant on disait jadis que ‘le noir est toujours habillé’, ce qui n’est pas tout à fait le cas de Mlle Baker. Espérons que nos goûts ne seront pas toujours asservis par les respectables habitants de l’Afrique Centrale, et que nous aurons enfin la revanche du blanc ! En attendant ce retour de l’âge d’or, nous devons lutter contre l’importation d’œuvres théâtrales qui mettent en péril notre goût et notre esprit. » Nous retiendrons surtout de cette 2 e revue l’annonce de la tenue en octobre 1928 du premier concours romand d’art dramatique et lyrique organisé à La Chauxde-Fonds par la Théâtrale de la Maison du Peuple, sous l’égide de la FSRSTA. En annexe du numéro, nous trouvons un feuillet de quatre pages avec le règlement du concours, dans lequel nous pouvons découvrir que le concours comporte plusieurs divisions : supérieure, première et deuxième division, subdivisées en section A (mixte) ou B (hommes seuls). L’art. 8 avertit : « …toute société qui fera jouer un ou plusieurs professionnels
Couverture du programme officiel du 12e Congrès de la FISTA et 7e concours international d’Art Dramatique et Lyrique de Genève en 1924. Cette manifestation donne l’impulsion nécessaire à la création, deux ans plus tard, de la FSRSTA. Englobées jusqu’alors dans cette Fédération internationale, les troupes de la région genevoise éprouvent le besoin de créer leur propre structure.
sera disqualifiée… » et l’art. 10 annonce la couleur : « les sociétés subiront l’épreuce d’exécution selon l’horaire établi par le bureau de la FSRSTA à la veille du concours. Cet horaire sera affiché à la Permanence. ». S’il ne s’agissait pas de théâtre, on pourrait se croire dans le cadre d’un concours sportif… Enfin, pour le plaisir de la chose, citons encore les articles des dispositions générales : Art. 21 : Aucune société n’a le droit de modifier à sa volonté la distribution des personnages de la pièce […] sous aucun prétexte, il ne pourra être toléré qu’un rôle de femme soit remplacé par un homme. Toutefois, par faveur spéciale, les sociétés auront le droit de remplacer une bonne par un domestique, mais seulement si cette bonne n’a pas une importance essentielle dans la pièce et réciproquement. Art. 22 : Les sociétés devront se munir de costumes, perruques, et tous les accessoires nécessaires […] Elles trouveront sur place les principaux objets, tables, fauteuils, chaises, canapés […]. Art. 23 : Aucun souffleur ne sera mis à disposition des sociétés, leurs membres devront donc eux-mêmes remplir cette fonction. Deux ans après sa création, notre fédération tient son os ; elle va pouvoir organiser son premier concours officiel et elle a mis en place la publication régulière d’une revue. La FSRSTA – qui n’a pas encore perdu son R – est sur les rails… Jacques Maradan
Dans le prochain numéro : 1928-1935 : Jeunesse d’une fédération en construction
Paru dans N° 1/2026 — mars, page 13.