Se rendre au contenu
Nouvelle

La SSA qui aura 40 ans en l’an 2025

A l’heure de célébrer les 40 ans de la société de gestion, une dizaine d’autrices et d’auteurs, toutes générations confondues, jettent un coup d’œil dans le rétro.

01.12.2025

La SSA qui aura 40 ans en l’an 2025

Flash-back, 1985. Sur grand écran, Alain Tanner brosse le portrait mélancolique d’un village jurassien dans son long métrage No Man’s Land. Au théâtre, Jacques Probst monte son texte fétiche, la Prose du Transsibérien de Blaise Cendrars, à la Comédie de Genève. Portée par un vent favorable, Pro Helvetia inaugure le Centre culturel suisse de Paris, sa première antenne à l’étranger. Cette année-là marque aussi un autre événement dans le vivier culturel : la création de la Société Suisse des Auteurs. Plus connue sous son petit nom de SSA, cette coopérative se charge de la gestion collective des droits d’auteur dans les domaines de l’audiovisuel et des arts de la scène. A l’heure de célébrer quatre décennies d’existence marquée par quelques soubresauts, nous avons demandé à plusieurs membres de partager leurs réflexions, leurs regards et leurs quêtes d’auteurs et d’autrices.

C’est qu’il y en a eu, des débats, des défis, des batailles gagnées, en quarante ans. Le paysage artistique s’est densifié, diversifié, déployé pour offrir une production plus que jamais foisonnante. Des exemples de succès récents ? Laetitia Dosch, lauréate en 2020 d’une Bourse SSA pour l’écriture de scénarios de premiers longs métrages de fiction destinés au cinéma, a cartonné avec Le Procès du Chien, présenté à Cannes en 2024 et quatre fois nominé aux Quartz, Prix suisse du cinéma en 2025. Sur la scène de l’humour, la coopérative a auréolé des Prix SSA de l’humour Marina Rollman, Yann Marguet et Alexandre Kominek, nouveaux hérauts de la verve romande.

Reconnaissance d’un statut

En plus de son travail de base, l’encaissement et la répartition de droits, le rôle de la SSA est aussi de délier les cordons de la bourse, en décernant justement des bourses, des prix et autres aides à l’écriture de textes dramatiques, de scénarios, de partitions chorégraphiques ou encore de musiques de spectacle. Mais pas seulement. Son appui est aussi juridique et administratif. « La SSA est indispensable pour soutenir les artistes, notamment par son travail de surveillance de l’utilisation de nos textes », souligne l’humoriste Thierry Meury, laissant de côté sa gouaille légendaire pour parler

Assemblée de la SSA 2024

sérieusement. « Et elle deviendra encore plus essentielle avec l’arrivée de l’intelligence artificielle », reprend le Jurassien, affilié depuis ses débuts, il y a trente-six ans. Jeune scénariste et cinéaste suisse, Loïc Hobi abonde : « Dès mes débuts, je me suis senti rassuré de pouvoir compter sur la SSA, en particulier pour la relecture et la co-signature des contrats. Je me sens aussi soutenu par son travail de lobbyisme », confie le réalisateur du court métrage The Life Underground, présenté à Locarno en 2021. Le chorégraphe Philippe Saire, affilié depuis 1986, complète l’éloge : « C’est un organisme essentiel pour la défense de nos droits et de la propriété intellectuelle artistique.» Membre fondateur de la coopérative et cofondateur du Groupe 5 avec Claude Goretta, Jean-Louis Roy, Michel Soutter et Alain Tanner, le réalisateur Jean-Jacques Lagrange, 96 ans, rappelle qu’il « s’est fait une place aussi grâce au fait que la SSA représente les cinéastes ». La preuve par les chiffres : en quarante ans, la SSA est passée de 373 à 4105 membres.

« Cela [la perception des droits] donne presque une existence matérielle à une pièce, avec l’idée qu’un texte a un certain prix » Merlin Leuenberger

La dimension symbolique joue aussi un rôle prépondérant. Fraîchement diplômée de l’Ecole des Teintureries à Lausanne, Aline Bonvin a déposé le texte de son premier spectacle L’Âge que j’avais, coécrit avec des comédiennes de sa promotion, en 2022. « A ce moment-là, je n’avais pas conscience de ce que ça représentait. La SSA m’a expliqué qu’on serait rémunérées pour ce texte, se souvient-elle. Ça a donné du poids, de la consistance à ce travail. » Elle poursuit : « Ça octroie aussi une forme de reconnaissance de la phase d’écriture, une étape qui prend du temps. Et ça nous rend légitimes. » Lui aussi jeune auteur de théâtre lausannois, Merlin Leuenberger acquiesce : «Cela donne presque une existence matérielle à une pièce, avec l’idée qu’un texte a un certain prix.»

En termes de revenus, les gains varient au gré des projets et selon les disciplines. Thierry Meury s’est taillé une belle

Paru dans N° 4/2025 — décembre, page 10.